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Le Persécuteur (triangle de Karpman)


Après l'article sur Le triangle dramatique de Karpman et ceux sur la Victime et le Sauveur, voici enfin le portrait du Gros Méchant du Persécuteur mes psy lecteurs. ✶ C'est parti ! ✶
 

Le Persécuteur

Le Persécuteur n’est pas toujours nécessaire ou n’a pas toujours de visage. En effet, il ne faut que deux personnes pour communiquer, il ne faut donc que deux personnes pour créer le triangle dramatique (comme chaque personne endosse les trois rôles).

Ainsi le Persécuteur reste-t-il souvent une entité vague. C’est plus commode pour la Victime, car après tout elle ne cherche pas véritablement à souffrir, juste à attirer l’attention du Sauveur, et il ne faudrait pas que son besoin d’attention la mette en danger – ce serait pousser le jeu un peu trop loin. Ainsi la Victime va souvent se plaindre de personnes absentes (qui ne peuvent donc pas donner leur version des faits) ou bien de choses sur lesquelles elle n’a apparemment pas d’emprise comme l’impolitesse ou la cruauté des « gens » (du monde, de l’humanité ou de la vie). Si le Sauveur n’a pas la capacité de se confronter au Persécuteur, c’est préférable. Car encore une fois, ce n’est qu’un jeu, il ne faudrait pas non plus que le Sauveur se fasse mal.

Mais parfois le Persécuteur est une personne et le triangle se joue entre trois acteurs dont les rôles sont plus ou moins fixes. On a compris pourquoi la Victime et le Sauveur entraient dans le jeu, mais il est plus compliqué à première vue de comprendre pourquoi une personne souhaiterait volontairement endosser le rôle de Persécuteur. C’est un rôle ingrat et socialement très peu gratifiant voire carrément ostracisant.

Persécuteur malgré lui

Déjà il faut mentionner que les Persécuteurs ne sont pas toujours des participants volontaires au jeu. Certaines personnes qui veulent jouer le rôle de Victime ou de Sauveur n’hésitent pas à utiliser harcèlement psychologique, chantage affectif, mauvaise foi voire carrément des techniques de gaslighting pour pousser une personne à bout, l’acculer et l’obliger à se défendre violemment. C’est ainsi que la personne visée par la Victime ou le Sauveur entre dans le rôle du Persécuteur un peu « malgré elle ».

La catharsis

La raison pour laquelle une personne endosse le masque du Persécuteur de façon volontaire est que ce dernier lui permet de libérer son ombre et son matériel psychique inconscient. Beaucoup d’acteurs avouent aimer les rôles des « méchants » dans les films pour cette raison spécifique. Le rôle du Persécuteur permet à une personne d’exprimer la frustration, la colère, la peur et la souffrance enfouit dans son inconscient. C’est une forme de jeu cathartique qui permet à une personne de libérer ses pulsions agressives sur la Victime et le Sauveur, plutôt que sur elle-même.

Le Persécuteur est le rôle qui permet d’être au plus proche de son inconscient et de son moi authentique. Mais c’est une technique extrêmement violente et destructrice pour la psyché. En effet la libération du matériel inconscient est réalisée dans un contexte de souffrance, de mensonge et de manipulation. Rien de bon ne peut a priori en sortir. Le Persécuteur qui a libéré ses pulsions agressives va devoir faire face à la désapprobation sociale et à une image dévalorisée de lui-même.

La perte de contrôle

Des trois acteurs, le Persécuteur sera celui qui aura la perception la plus floue des limites. En effet, il est celui qui a la frontière la plus ténue entre sa conscience et son inconscient, et cela induit forcément des conséquences. Entraîné par le plaisir pervers fugace qui accompagne les libérations « sauvages » de son inconscient, il agira de plus en plus comme une personne addictée au conflit et à la violence.

Ses attaques, ses propos humiliants, ses critiques destructrices et son besoin de dominer - voir d’annihiler - l’autre peuvent à tout moment franchir une limite inacceptable. Il paraît alors évident que le Persécuteur est la personne la moins susceptible de pouvoir arrêter le jeu. N’attendons donc jamais de lui la résolution du conflit.

Le Persécuteur peut être amené à craindre de perdre à nouveau le contrôle de lui-même, et adopter un comportement inflexible, rigide, autoritaire et tyrannique - avec lui-même et avec les autres, c’est pourquoi dans les Cinq Blessures de Lise Bourbeau, la personne la plus susceptible d’endosser le rôle du Persécuteur est la personne Rigide. Ou au contraire il peut développer une addiction pour cette forme « d’expression » de son inconscient et adopter de plus en plus volontairement le rôle du Persécuteur afin de libérer son inconscient de façon régulière.

Dans un cas comme dans l’autre, la libération de l’inconscient est perçue comme une drogue, contre laquelle la personne se bat ou à laquelle elle s’abandonne. Le portrait général qui se dessine alors dans les deux cas est celui d’une personne qui manque cruellement d’estime d’elle-même et de confiance en elle et qui, contrairement à la Victime et au Sauveur qui tentent d’y remédier en ancrant férocement leur moi dans leur partie consciente, abandonne son moi à son inconscient en s’abandonnant au rôle du Persécuteur. C’est pour cette raison qu’il m’arrive de penser que le Persécuteur est la véritable victime du jeu : c’est finalement lui qui a la plus basse estime de lui-même et l’unité psychique la plus fragile et préoccupante.

Sortir du rôle du Persécuteur

Pour sortir du triangle dramatique une personne endossant le rôle de Persécuteur doit :

  1. Apprendre à contrôler ses pulsions agressives en prenant du recul. Si elle est prise dans un conflit, elle doit savoir s’extraire de la situation : s’éloigner physiquement de la personne avec qui elle est en conflit en sortant de la pièce (avec calme), éteindre tous ses appareils et sortir prendre l’air ou aller se coucher si le conflit se passe au téléphone, sur le net ou les réseaux sociaux. Calme et détachement sont les buts à atteindre.
     
  2. Apprendre à entre en contact avec son inconscient par des moyens doux. Je déconseille fortement les méthodes consistant à se « défouler » en cassant des objets ou en exerçant de la violence physique sur son environnement. Cette méthode de transfert devrait uniquement être utilisée dans le cadre d’un suivi psychologique professionnel car elle habitue le Persécuteur à libérer le matériel inconscient dans la violence. Or, au contraire, c’est dans la douceur et la confiance que le Persécuteur doit apprendre à accueillir le matériel inconscient. De manière générale la libération de l’inconscient est toujours une blessure narcissique pour l’ego, et est toujours source d’angoisse pour la conscience car elle est synonyme de destruction partielle du moi. Pour faire émerger un nouveau moi, plus complexe, ayant intégré une partie du matériel inconscient, le moi actuel doit être partiellement détruit. C’est cette destruction qui est crainte et redoutée, autant qu’elle est souhaitée et attendue. Le travail autour de la psychologie analytique, de l’art-thérapie ou du chamanisme permet que la libération de l’inconscient et la destruction du moi se passent dans un cadre bienveillant, rassurant et au rythme personnel de chacun. Ainsi, même si une personne qui suit une de ces thérapies est déboussolée et son image d’elle-même altérée lors d’une prise de conscience, elle n’expérimentera pas de perte ou à de défiguration de son identité comme lorsqu’elle endosse le rôle du Persécuteur.
     
  3. Pratiquer la Communication Non Violente (CNV) qui lui permettra d’améliorer son estime de lui et d’exprimer ses limites dans un premier temps, et de se connecter à son ressenti et celui des autres dans un second temps. Ainsi, il cessera d’utiliser la violence et l’agressivité passive pour s’exprimer, et ce sont toutes ses interactions et ses relations qui s’en trouveront transformées. La CNV (ou une autre forme de communication bienveillante non patentée) est un outil que je conseille d’ailleurs à tout le monde car elle permet de développer le respect, l’humour et la bienveillance dans la communication, et de sortir instantanément (et définitivement) des triangulations dramatiques.

Nous en avons à présent terminé avec les portraits des acteurs de la triangulation dramatique. Dans le prochain billet, je donnerai quelques conseils pour repérer (et donc éviter) ces trois sortes de manipulateurs sur les réseaux sociaux et Internet.

Si vous avez des questions ou si vous souhaitez me contacter, vous pouvez me laisser un commentaire sur ce billet 🖊 ou bien me rejoindre sur Facebook :)

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Tchou

 

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